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POZORNSKI
La compagnie Androphyne installée à Hossegor invite à découvrir l’artiste plasticien performer polonais et oublié Elias Pozornski lors de la soirée Searching for Elias #1. Portrait.

Il n’était pas bavard, voire bougon, avec ce côté Bukowski polonais. Il n’aimait pas parler de son travail, et encore moins que les autres le fassent pour lui. Il est donc presque miraculeux que la compagnie de danse – art dont elle n’avait que faire – Androphyne ait pu contacter le plasticien Elias Pozornski, qu’il ait accepté de les rencontrer et de partager, ultime miracle, un projet avec eux à 85 ans. Malheureusement, alors qu’ils avaient bien avancé ensemble sur ce projet de création, Pozornski décédait en septembre dernier. Se sachant condamné, il avait laissé au chorégraphe Pierre-Johann Suc des notes et indications afin de le guider pour terminer cette œuvre. Ainsi, la soirée du 10 décembre prévue au Cuvier, Searching for Elias #1, s’est transformée en une sorte de soirée hommage où l’on découvrira au travers d’archives le parcours de cet homme singulier, ainsi que sa dernière œuvre, élaborée au-delà de sa mort grâce à la compagnie Androphyne.

On peut clairement qualifier le parcours artistique d’Elias Pozornski, entamé en Pologne, de chaotique. Il s’inscrit à l’Académie des beaux-arts de Cracovie à 19 ans en peinture et scénographie. Déçu par l’enseignement, il fait deux séjours à Paris puis revient à Cracovie, où, en 1955, la rencontre avec le metteur en scène Tadeusz Kantor et son théâtre Cricot 2 fait tout basculer. À lui la vie d’artiste avec cette deuxième famille. Bien qu’il ne fasse pas partie du premier cercle de la troupe, il a lui aussi été touché par l’esprit dada et les prémices du happening. Ainsi, lui, le peintre, devient un performer de la première heure. En 1956, alors que des grèves ouvrières soulèvent le pays, il imagine une mise en scène dénonçant la censure, et mêle sculpture, musique et action : la crémation publique de haut-parleurs (speakers) diffusant discours et messages politiques de personnalités polonaises et russes (Speaker 1, 2, 3, 4, 5, 6 et 7).

Il est emprisonné environ un an suite à ce happening, et il révèle plus tard que sa carrière a véritablement commencé dans la solitude de sa cellule. Mais il sait aussi que l’avant-garde n’est pas en Pologne. Il part aux États-Unis, puis en Grande-Bretagne, où il rencontre John Dunbar, le mouvement Fluxus, les Beatles via Yoko Ono, ou Harald Szeemann, commissaire d’exposition de génie, qui apprécie l’anarchisme et l’absence de compromis de Pozornski. Malgré l’amitié qui les lie, Pozornski, qui travaille alors sur ses Body vs Object, refuse de participer à l’exposition « When Attitudes Become Form », œuvre-manifeste de l’art de la performance, car sponsorisée par Philip Morris Europe. La rupture définitive entre les deux hommes aura lieu en 1972. Deux ans après, Pozornski repart en Pologne avec femme et enfants, et il disparaît du monde des arts et de la culture en 1974, presque aveugle suite à une maladie dégénérative des yeux. Mis sur sa piste en 2008, alors qu’ils étaient en Pologne pour le tournage de Faites demi-tour dès que possible, les membres de la compagnie Androphyne ont été séduits par le travail de ce personnage présenté comme un peu fou. Mais assez génial. Leur proposition mêlant chorégraphie, vidéo, archives et arts plastiques rallume la lumière sur cet esprit libre et contestataire.

La Pozornski Fundacja Sztuki vient de mettre en ligne la vidéo de Body vs Object de 1967.
Source:
Lucie Babaud // JUNKPAGE
Date de parution:
[...] OU PAS
"Aux manettes de ce spectacle déroutant et détonnant, Pierre-Johann SUC et Magali POBEL, entourés par leurs six complices plasticiens, danseurs et musiciens. Car Androphyne, c'est un projet de spectacle total, où il n'y a pas de place pour la sectorisation. Suc scène, on assiste autant à un concert de rock écorché et décapant qu'à une danse électrisante, sensuelle, nerveuse. La rage n'est jamais loin, sous l'ironie subtile et entêtante autour de la liberté.
Le plateau se fait le reflet de la société de consommation, où l'on veut toujours bien jouer le jeu d'un autre pour rester tranquille ou dans ses intérêts. Suis-je responsable de mes choix ou ne suis-je qu'un acteur illusoire de ma vie, manipulé par plus haut ? Derrière ce questionnement qui se fait dans une bonne humeur déroutante, la gestuelle, explosive, électrique, hachée au couteau, nous fait vibrer. Car c'est peut-être cela, la clé de la liberté : la prise de plaisir".



Retrouvez la revue de presse complète de "[...] ou pas" ICI
Source:
Bérengère ALFORT // DANSER
Date de parution:
Trois générations, un seul passé
Avec des moyens simples ce jeune chorégraphe aquitain propose une pièce en triptyque complexe et grave. D’abord un solo, d’hésitations avec des bouffées de Wagner comme des bourrades, une gestuelle d’envolées, un numéro dont les chiffres s’échappent. Par petites touches –bruits de train, fugaces poses de coercition- la nature de ce numéro s’impose : celui tatoué à  l'avant-bras des déportés. Et la colère de la danse se comprend alors mieux.
La chose en aurait pu rester, bien, là. Noir ; puis trois écran formant comme les vitres d’un véhiculent dont on suit, en noir et blanc, l’errance européenne, de Gurs (camps où, aux républicains espagnols, succédèrent d’autres victimes), Vichy (délicieuse recherche de la salle où Pétain reçu les pleins pouvoirs), Alsace et confidence intime du sort des natifs, puis Nuremberg, Auschwitz, Birkenau… On fait plus ludique comme voyage, mais le thème en est clair et voilà sans le dire l’Histoire (avec une grande hache) convoquée.
Noir à nouveau et un homme mûr, au micro ou le jeune danseur –son fils- débutait la pièce. Il refait, hésite et la rugosité de cette gestuelle sans apprêt est plus belle que toutes les virtuosités. Pas de maladresses, seulement un autre geste, moins convenu et comme taillé dans de la vraie vie pour dire que les chiffres qui s’effacent aux avant-bras marquent les corps même de ceux qui ont seulement vécu. Et le danseur est revenu, avec une adorable enfant blonde qui danse aussi, non pas imitant, mais parce que ce jeu est pour elle le plus important du monde. Il y a trois générations, un seul passé, une famille et trois génération sur le plateau, pas de grande ou de petite histoire, seulement à ajuster les perspectives, ce qui fut là fort bien donné.
Source:
Philippe Verrièle // Avignon 2009 / site internet Hivernales CDC d’Avignon
Date de parution:
Au Festival Faits d'Hiver, le public, ce héros.
S’ouvrir, communiquer, mettre en lien les regards du public, tel est le projet que nous poursuivons, Eric Boudet (photographe de danse) et moi-même, avec le Festival parisien « Faits d’Hiver ». Ce deuxième week-end s’annonce riche, à l’image d’un festival résolument orienté vers des propositions artistiques où le rôle du public est questionné. Nous revenons au studio « Le regard du cygne » dans le 20ème pour « le spectacle dont vous êtes le héros » par la Compagnie Androphyne. J’interviewe quelques spectateurs avant la représentation. Personne ne semble faire le lien avec le titre de la pièce comme si plus rien ne pouvait surprendre ce public de connaisseurs ! Par contre, la présence du bloggeur étonne, fait sourire, interroge, intéresse. Les rendez-vous sont pris avec quelques uns. Seront-ils les héros de la soirée ?

Le dispositif scénique frappe par son inventivité : télévisions à terre et au mur, musiciens à droite, grande toile à gauche et divers objets tombants du plafond. Il y en a pour tous les goûts, tous les regards et j’imagine déjà une danse…pluridisciplinaire ! Très vite, nous voilà projetés dans l’univers de « Big Brother ».  Un homme à l’écran explique les règles du statut de l’intermittence à un ami qui semble ne rien y comprendre. Le spectacle débute avec ce héros des temps modernes et se terminera une heure après par un verre de vin offert au public sur la scène ! Entre ces deux moments, un groupe de huit artistes tente le tout pour le tout pour créer une œuvre déconstruite, où tout ne tient qu’à un fil avec des références appuyées à notre société médiatique en perte de sens. C’est un tourbillon de mots, de corps jetés à terre, de provocations, de souffrances et de solitudes, de paris fous gagnés et perdus, de tentatives réussies et d’échecs retentissants. En une heure, notre société est sur scène pendant que les artistes, toujours plus précaires, nous aident à rechercher le sens. Face à ce déluge, le public ne peut rester passif. Trois spectateurs (volontaires) sont tirés au sort pour venir sur scène. Après une sélection sans pitié aux critères aléatoires, un seul survit ! Il est tour à tour manipulé, laissé de côté, intégré dans la troupe puis menacé d’exclusion. On le métamorphose en «big brother » et semble y prendre plaisir, comme pris à son propre piège. On ne sait plus où donner de la tête. Notre monde est devenu complètement fou et notre « héros »  de la soirée s’en sort tant bien que mal. Les acteurs finissent éreintés, maculés de sang, mais l’art est toujours là, à travers cette fresque dessinée à partir des corps d'un artiste et du spectateur - héros!

Ce groupe de chanteurs – musiciens – plasticiens - danseurs est à l’image de sa musique (enivrante), de sa danse (« sculpturale ») et de ses décors (en mouvement permanent). La Compagnie Androphyne ne manque décidément pas d’idées et de talents dans cette société polluée par le temps  médiatique et obsédée par le contrôle.
Les spectateurs, une fois sur scène, un verre à la main, se laissent volontiers interviewer par le bloggeur, comme si l’exercice était cohérent avec le spectacle. Tommy, très inspiré, évoque un « existentialisme galvaudé, mais présent », une œuvre où «je retrouve les codes de mon imaginaire, de mon quotidien d’artiste. C’est une pièce qui va évoluer dans ses articulations ».  Cette évolution est d’autant plus évidente que le lien avec le public est ouvert : « On s’interroge,  on ne subit pas ; le parcours n’est pas fléché, il y a des parcours multiples. » affirme Christine. Ce sentiment est relayé par Yasmina qui note «une liberté corporelle très forte », là où Hélène voit « des lignes qui se croisent et se décroisent ». Cette pièce a des allures de conte moderne avec ses personnages étranges, telle cette meneuse de revue qui a fortement impressionné Evelyne par « sa distance extraordinaire à mener le jeu dans un espace aussi petit ». Nathalie y voit presque « une comédie  musicale » tant le jeu est ouvert. Mais qu’en dit le héros de la soirée ? Cyril est discret, étonné par mes questions. Il aurait aimé voir le spectacle !  À l’intérieur, il a tenté de ne  « pas être que spectateur. Il fallait que je fasse le maximum pour faire partie de l’ensemble » même « s’ils ont tout fait pour m’intégrer ». Véronique a pu réaliser le rêve de Cyril : être l’héroïne la veille, et spectatrice le lendemain. Elle répond avec gourmandise à toutes mes questions et finit par me lâcher :   « suite à cette expérience, mon regard a changé à la fois sur le détail et l’unité d’ensemble ». À les écouter, leurs actes n’ont rien d’héroïque. Je suis presque déçu.
 Sofie me confie plus tard qu’elle n’a pas «eu de déclic » et qu’elle ne sait « jamais investi psychologiquement ». Au final, la fonction du héros semble perdre de sa superbe comme si tout se déverticalisait ! Il est donc temps de passer à autre chose, à d’autres représentations théâtrales, où l’artiste ne serait plus au centre de tout, mais en lien avec le tout.
On attend avec impatience le prochain spectacle de la Compagnie Androphyne pour redynamiser tous ces héros qui sont déjà fatigués !

Source:
Pascal Bély // Le TADORNE / festivalier.net
Date de parution:
« C’est…contemporain »
A l’accueil du Colisée de Biarritz, jeudi soir, l’avertissement ressemblait à un parapluie, qu’on ouvre en cas de bronca. Qu’il est difficile d’être performer…Avec "Pas à pas jusqu’aux derniers" la Compagnie Androphyne, mélangeait en effet la danse, le théâtre et les arts plastiques, en une proposition…contemporaine. Pourquoi cette peur du mot ? Durant 50 minutes, une danseuse évolue dans un décor cartonné, lequel reconstitue sur scène un chantier aux airs furieusement seventies. Le chorégraphe est aux manettes d’une régie son et lumière installée sur le plateau, aux côtés d’un guitariste jouant en direct des riffs saturés, amplifiés façon sound system (En Jamaïque, la musique, c’est le son, c’est-à-dire les vibrations).
On pense aux Velvet Underground, à la factory d’Andy Waroll, mais aussi aux performances de Yves Klein, l’inventeur du body art et d’un bleu dûment breveté. Un spectacle plaisant et réjouissant. La danseuse porte un costume blanc d’homme et des chaussures bateaux. Elle sort d’un carton roulé qu’on avait pris pour une colonne des décors, et qui va se révéler être son partenaire principal. Car la jeune femme est seule. Elle ne comprend pas pourquoi elle est catapultée dans ce qu’on devine être une sorte de fête underground. La danseuse ne danse pas. Si, elle danse. Mais en utilisant une gestuelle quotidienne. Clin d’œil à Billy Jean. Elle interpelle le public, cherche quelque chose. S’enchaînent des séquences faussement improvisées. Des lumières vertes violettes clignotent. Le son monte et l’assourdissement se fait rame de métro, ou bombardement. Puis, soudain, l’actrice prend le micro. Dialogue à sens unique d’une fille un peu soûle, abordant une autre personne, l’entraînant à danser. Très beau texte. Le ton parodique laisse vite place à une comédie vibrante. On aimerait être abordé comme cela, ou avoir le courage de parler de cette manière. Puis ça repart. Danse, intervention du chorégraphe qui soulève la moquette en carton pour édifier une colline préfabriquée beige, bientôt maculée de peinture bleue. Hommage à Klein.
Et ça marche. Mais pas pour tout le monde. « Je ne sais pas quoi en penser ». « J’ai trouvé cela misérable, convenu… « Ce qui pose une question très peu souvent évoquée en art : à quel moment joue-t-on le jeu ? Jeudi soir, c’était flagrant : les gens étaient hésitants, entre curiosité, agacement et relâchement…Si l’on prend un parti fonctionnaliste, toute œuvre est l’objet d’un contrat tacite entre un émetteur (l’artiste) et un récepteur (le public). Un système de codes culturels permet aux gens de profiter, et de juger de leur plaisir esthétique. Or, l’art contemporain tend à vouloir se passer de contrat, comme un retour aux sources du troc et de la palabre. Cherche-t-il le bâton pour se faire battre ? D’autant que le problème se double d’une tendance complaisante, au sein du spectacle vivant. Beaucoup de structures tentent le coup double de passer pour avant-gardiste tout en réduisant leurs frais (quatre personnes, peu de matériel, quelle aubaine, c’est autre chose que le Ballet de Nice). Avec le risque de programmer des compagnies un peu légères, de celles qui masquent leurs limites en parlant de liberté ou de « pluridisciplinarité », pour le plus grand bonheur des festivals d’art de la rue, par exemple.
Rien de tout cela ici. Pierre-Johann Suc et Magali Pobel ont été formés au Centre national de danse contemporaine d’Angers. Leur choix artistiques sont dictés par le désir. Certes, rien de révolutionnaire, mais le spectacle évite les écueils du genre, à savoir l’essoufflement, l’allégorie, la pesante gravité, l’ironie facile…La scénographie est pertinente, l’ambiance sonore réussie. Très simple et beau moment de spectacle.
Source:
Julien Lacoste // Le journal du pays Basque / Euskal Herriko Kazeta
Date de parution:
Saison 2015-2016

YOYO // Le film

Saison 2014-2015

Saison 2013-2014

Les Papiers d'Orléans